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Publié le 31 décembre 1948 dans Aux Écoutes du Monde, ce dessin de presse illustre avec ironie les difficultés de la France d’après-guerre. Trois ans après la fin du conflit, la Quatrième République ne parvient pas à stabiliser son économie. Malgré l’aide du Plan Marshall, les caisses de l’État peinent à se remplir, l’inflation fragilise les classes populaires. Qui faire payer ? Avec quels impôts ? Comment faire des économies ? Pour le dessinateur Paul Pem (1901-1972), le budget de 1949, alors en discussion à l’Assemblée, concentre toutes les inquiétudes : comment financer la reconstruction sans « écraser » davantage un pays déjà épuisé ? C’est cette tension entre espoir et lassitude que le caricaturiste met en scène, critiquant le gouvernement de centre gauche à la manœuvre, à la veille d’une nouvelle année incertaine.
Un dessin éditorial
Au centre de l’image, un énorme sac d’argent désigné comme étant le « Budget 1949 » est tiré avec peine par une toute jeune Marianne, symbolisant la IVe République naissante. Autour, Henri Queuille (Président du Conseil, à droite au premier plan), Paul Ramadier (Ministre de la Défense nationale, à gauche) et Robert Schuman (Ministre des affaires étrangères, derrière le sac) font mine de l’aider. La jeune République est présentée comme la victime d’un budget obèse (ici les dépenses de l’État et les dépenses sociales sont visées) conçu par ces hommes politiques appartenant à la gauche modérée. Sur la gauche, une femme plus âgée, elle aussi coiffée du bonnet phrygien, observe la scène en témoin impuissante : c’est la défunte IIIe République, fauchée par le Régime de Vichy suite à la défaite face à l’Allemagne, en juin 1940.
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Henri Queuille, Paul Ramadier et Robert Schuman
Sur les marches du Palais Bourbon, au fond à droite, Édouard Herriot (Maire de Lyon, député, Président de l'Assemblée nationale, membre de l'Académie française depuis 1946), regarde la scène de haut en fumant tranquillement. La légende renforce le ton satirique : « Ils la feront crever, cette pauvre petite ! ». Le contraste entre l’impuissance des membres de l’exécutif et la fragilité de Marianne souligne la critique portée par le dessinateur contre un gouvernement perçu comme trop « social ».
Un point de vue "éditorial" et... partial
À la Libération, après plusieurs années de disette, la presse satirique retrouve de la vigueur, requinquée par un goût retrouvé pour les polémiques politiques et par le retour de la démocratie parlementaire. Après s’être sabordé en juin 1940 comme nombre d’autres journaux, Aux Écoutes du Monde a repris du service. Fondé en 1918 par Paul Lévy (ancien rédacteur de L’Aurore, du Journal, de L’Écho de Paris et de l’Intransigeant), hostile au Front populaire dans les années 1930 et donc de sensibilité droitière, cet hebdomadaire est considéré comme le journal d’échos le plus important de l’après-guerre.
Il surfe sur les difficultés que rencontre la IVe République naissante à trouver une stabilité, une République secouée par les tensions sociales de l’après-guerre, période d’inflation et de grèves vigoureuses face à un patronat intransigeant, avec un Parti Communiste au plus haut dans les élections.
Le dessin « éditorial » cherche à faire la synthèse d’une situation, - ici la difficulté à définir un budget -, en affichant en apparence un point de vue « objectif ». En présentant la jeune Marianne comme victime de la politique gouvernementale, le dessinateur semble dire que tout le pays pâtirait du Budget en discussion, une vision « médiane » qui gomme les différences sociales. Marianne symbolise tout aussi bien "La France", "La République", "Le peuple", c'est à dire l'ensemble de la population, sans distinguer riches et pauvres par exemple... Chaussée de sabots, elle symbolise plus encore la France rurale, la France conservatrice, laborieuse, celle qui se méfie des élites. Notons que, dans ce dessin, le contribuable n'est pas montré, contrairement à tant d'autres (cliquer ici).
Le journal Le Monde daté du 22 décembre 1948, souligne de son côté qu'« une volonté unanime se dégage de toute évidence : celle d'économies massives résultant d'une réforme véritable de notre administration et d'une mise en ordre des grands organismes rattachés plus ou moins directement à l'État… ». Visiblement les députés ont "entendu" la caricature de Aux Écoutes... Voilà qui nous rappelle des discours très actuels...
GD
Lire une notice sur le journal "Aux Écoutes du Monde" :
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L’impôt dans la caricature, première tranche (par Daniel Dugne)
En une de Charlie Hebdo du 2 septembre 1976, Reiser dessine un Beauf cabuesque, nu, à quatre pattes, fesses en l’air, résigné à être sodomisé par les impôts. 3000 ans avant notre ère, l...
https://www.caricaturesetcaricature.com/2020/11/l-impot-dans-la-caricature-premiere-tranche.html
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AUX ECOUTES (du monde), le journal d'échos illustré le plus durable du XXe siècle
AUX ÉCOUTES / AUX ÉCOUTES DU MONDE (1918-1969, France, Paris) Notice extraite de Ridiculosa n°18, "La presse satirique française". La presse satirique de la première moitié du XXe siècle voi...
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