On lira avec plaisir ce 12e et dernier recueil de Kak, dessinateur au journal quotidien L’Opinion (notamment) depuis 2014 et président de l’association Cartooning for peace. Si la couverture n’a, selon nous, pas été agrémentée du meilleur dessin du recueil – caricature choisie pour sa mise en scène du marais politique français chamboulé par l’instabilité que nous avons connue, l’ensemble ne manque pas d’intérêt. 
Kak pratique le dessin éditorial, mais s’inscrit finalement dans une tradition bicentenaire, recourant souvent (de plus en plus?) au procédé de la grosse tête sur un petit corps. Dans les années 1850, on parlait de « portrait charge », genre pratiqué par le célèbre André Gill et d’autres, même si sous le régime de la censure, les charges en question se gardaient d’aborder frontalement les questions politiques. Ce procédé permet de valoriser l’identité des personnages, en se focalisant sur leurs visages et donc certaines de leurs expressions, les corps subissant un rétrécissement (en hauteur plus qu’en largeur chez Kak), le plus souvent figés, moins expressifs. Pas totalement inutiles néanmoins, puisqu'ils permettent, avec le décor, de qualifier la situation. Kak accentue plus ou moins le phénomène, favorisant ainsi le jeu de la reconnaissance et le plaisir, pour le lecteur, de voir son dessinateur préféré se payer la « tête » de ses contemporains. Quoi de plus fascinant que ce double caricatural d’une personnalité de premier plan, à qui on fait dire et faire ce qu’on veut ?
Kak est caricaturiste, autant que dessinateur éditorial. Dans ce recueil, une fois de plus, il propose pour chaque dessin choisi par la rédaction et donc publié en « une » de L’Opinion, un croquis « non retenu », c’est à dire « inédit ». Inédit, pas censuré, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit ! Le dessinateur éditorial propose systématiquement plusieurs croquis à son journal, plusieurs idées, parmi lesquelles la rédaction en chef choisit celui qui lui semblera le plus adapté à la « une » du jour. 
Loin de certains discours romantiques sur la « liberté d’expression », le travail du dessinateur se fait la plupart du temps sous l’impérieux « couperet » de la ligne éditoriale, même si, bien souvent lorsqu’un dessin suscite la polémique, on licencie le dessinateur et non la/la chef/fe qui a choisit le dessin...
Comme chaque année, Kak nous régale d’un bonus : cette fois, il s’agit d’une sélection de dessins d’actualité parodiant des scènes cultes de films bien connus. Au 19e siècle, la culture littéraire et biblique nourrissait les métaphores du dessin de presse. Depuis l’émergence du 7e art, le cinéma a de plus en plus inspiré les dessinateurs, tout comme le dessin animé et la BD. Et dorénavant les jeux vidéos ! 
À vous de trouver de quels films s’est inspiré le dessinateur de presse ! Et si vous ne résolvez pas l’énigme, regardez dans les coins. Dans ces dessins « cinématographiques », Kak évoque systématiquement en petit sa source d’inspiration…

GD

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Tag(s) : #Comptes-rendus recueils, #News
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